Démission d’Aimé Boji Sangara : entre stratégie d’ascension et reconfiguration politique en RDC
Démission d’Aimé Boji Sangara : entre stratégie d’ascension et reconfiguration politique en RDC

Le lundi 20 octobre 2025, Aimé Boji , alors ministre de l’Industrie au sein du gouvernement Suminwa II, a remis sa démission. Moins de vingt-quatre heures plus tard, l’Assemblée nationale actait son retour en tant que député élu de Walungu, dans le Sud-Kivu.
Un enchaînement d’événements à la rapidité révélatrice, qui alimente les spéculations sur ses véritables intentions politiques. En toile de fond , la vacance du poste de président de l’Assemblée nationale, laissée par Vital Kamerhe, démis après une motion de défiance.Cette décision marque un tournant personnel mais aussi institutionnel. Elle ne s’apparente pas à un retrait, mais bien à une tentative d’ascension stratégique. En quittant l’exécutif pour retourner au législatif, Aimé Boji semble viser le « perchoir », une fonction centrale dans l’architecture politique congolaise. Devenu une figure influente au sein de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), son positionnement pour succéder à Kamerhe, son ancien mentor, suggère une volonté de prise d’autonomie, voire de leadership au sein du parti.Le calendrier, quant à lui, ne laisse guère de place au hasard. L’inscription rapide de sa réintégration à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale témoigne d’un appui politique en coulisse, probablement au sein de la majorité présidentielle. Ce soutien présumé pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large de stabilisation du pouvoir législatif, dans un contexte où l’exécutif cherche à renforcer sa capacité de gouvernance à l’approche de réformes majeures.Pour Aimé Boji, les enjeux sont multiples. Accéder à la présidence de l’Assemblée nationale lui offrirait une tribune nationale de premier plan et un levier important dans le processus législatif. Toutefois, ce pari n’est pas sans risque. Une frange de l’opinion publique pourrait percevoir sa démarche comme une manœuvre opportuniste, mettant en doute la priorité accordée à l’intérêt collectif. Sa capacité à fédérer les députés autour de sa candidature, et à incarner une figure de rassemblement, sera donc cruciale.Du côté de l’exécutif, cette dynamique pourrait renforcer l’alliance au sein de la majorité, en assurant la présidence de l’Assemblée à une personnalité loyale et expérimentée. Mais elle pourrait aussi générer de nouvelles tensions entre les composantes de la coalition, notamment entre l’UDPS et l’UNC. Au sein de son propre parti, la manœuvre de Boji n’est pas sans conséquences. Si elle est interprétée comme un coup de force orchestré avec le soutien du pouvoir, sans consensus interne, elle pourrait accentuer les divisions latentes. À l’inverse, son émergence pourrait incarner un nouveau souffle pour l’UNC, en quête de renouveau après les turbulences liées à la gestion de Kamerhe.Reste que le contexte dans lequel cette transition s’opère est loin d’être neutre. Ces derniers mois, l’Assemblée nationale a été secouée par des tensions internes, notamment des mouvements de protestation d’agents administratifs dénonçant des retards de paiement. Si Aimé Boji accède à sa tête, il devra gérer une institution affaiblie, sur le plan symbolique comme budgétaire. Il lui appartiendra alors de démontrer que son ambition peut se traduire par une gouvernance efficace, au service de l’intérêt général.La suite immédiate des événements sera décisive. L’équilibre des forces parlementaires, la posture du président Félix Tshisekedi, ainsi que la capacité d’Aimé Boji à rassurer son camp comme ses alliés, conditionneront l’issue de cette séquence politique. Si la stratégie est bien menée, elle pourrait faire d’Aimé Boji l’un des hommes clés de cette législature. Dans le cas contraire, cette démission pourrait s’avérer être une prise de risque mal calculée.
Jeremie Baraka




