
Dans un contexte d’insécurité persistante qui continue de déchirer l’est de la République Démocratique du Congo, la désinformation est devenue une arme invisible, mais redoutablement efficace.
Au cœur de cette crise, dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, des voix s’élèvent pour rappeler l’importance de l’information juste et vérifiée. À Uvira, la Corporation des Médias en Ligne (COMEL) mène une bataille silencieuse mais décisive pour contrer la propagation des fausses nouvelles qui alimentent les tensions communautaires, nourrissent la peur et sapent les efforts de paix. Le mardi 30 septembre, lors d’un cadre d’échanges organisé par le Comité de Médiation CMCRP ,une plateforme réunissant diverses confessions religieuses locales , le président de la sous-section de l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC) à Uvira, Patient DEBABA Lufhira, a salué le rôle crucial joué par la COMEL. Selon lui, l’initiative citoyenne « VRAI OU FAUX », lancée par cette structure médiatique, a permis de restaurer une certaine confiance dans les communautés en proie à la manipulation et à l’intoxication informationnelle. Il a regretté que, dans un contexte marqué par l’occupation des villes de Goma et Bukavu par les forces rebelles de l’AFC/M23/RDF, les circuits traditionnels de communication officielle aient été perturbés, laissant le champ libre à des sources non autorisées et souvent mal intentionnées. « Beaucoup de choses ont mal tourné, car les rumeurs ont pris le dessus sur la vérité. Ceux qui sont censés communiquer sur la gouvernance sécuritaire ont rencontré des difficultés, ce qui a conduit à des données biaisées. Des personnes non habilitées ont été interrogées sur des questions d’État, ce qui a alimenté les rumeurs et déformé la perception du public. La COMEL a mené des actions pour endiguer et limiter les dégâts causés par ces rumeurs en fournissant de bonnes informations durant la campagne », a souligné le président de l’UNPC Uvira, avec une insistance particulière sur la nécessité d’un journalisme responsable en période de crise.
Cependant, cet engagement de terrain est mis à rude épreuve par un manque criant de ressources. Eric NGABO, coordonnateur de la COMEL, a exprimé son inquiétude face à l’absence de financement adéquat. Cette carence limite drastiquement les capacités de l’organisation à former les journalistes, à leur assurer une mobilité efficace dans les zones sensibles, ou encore à établir une communication fluide entre la presse et les autorités locales. Dans une région où chaque rumeur peut déclencher une vague de panique ou attiser les tensions ethniques, le manque d’outils adaptés pour vérifier, recouper et diffuser l’information est une menace supplémentaire pour la paix sociale. La situation dans l’est de la RDC rappelle cruellement que la guerre ne se mène pas seulement avec des armes. Les mots, les images et les récits façonnent autant les perceptions que les réalités. Dans cette lutte pour la vérité, les médias communautaires, les journalistes locaux et les plateformes citoyennes comme la COMEL deviennent des remparts indispensables contre la manipulation. Mais ils ne peuvent gagner cette bataille seuls.
Alors que la désinformation continue de semer la confusion dans une région déjà meurtrie par les conflits, soutenir les initiatives qui placent l’humain, la vérité et la justice au centre du récit devient un devoir collectif. La voix des opprimés ne peut se faire entendre sans des canaux libres, responsables et renforcés. À Uvira, la COMEL donne l’exemple. Reste à savoir qui aura le courage de l’accompagner.
Arielle BWINJA





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