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RDC : L’Est attend une paix construite, pas négociée à huis clos

Paix à l'Est de la RDC

Alors que les regards se tournent vers Doha, où les concertations entre le gouvernement congolais et le M23 se poursuivent, une question de fond s’impose a cette dynamique de dialogue peut-elle réellement déboucher sur une paix durable pour la République démocratique du Congo ?

La signature d’une déclaration de principes entre Kinshasa et l’AFC/M23, suivie par la mise en place d’un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, représente un pas diplomatique incontestable. Mais cette avancée reste symbolique, tant la situation sur le terrain demeure tendue. Les violences se poursuivent sporadiquement dans certaines zones de l’Est, les déplacements de populations s’intensifient, et la défiance entre les parties est loin d’avoir disparu. L’histoire récente de la RDC nous enseigne que les accords signés dans les hôtels internationaux ne suffisent pas à éteindre les feux de la guerre. La paix véritable ne se décrète pas, elle se construit. Et pour cela, il faut aller au-delà du cessez-le-feu et des engagements protocolaires.Une solution durable exige d’abord une volonté politique forte, non seulement de mettre fin aux hostilités, mais de s’attaquer aux causes profondes du conflit , la faiblesse de l’État, l’abandon des populations locales, l’exploitation illégale des ressources naturelles, les tensions régionales mal résolues, et l’exclusion d’autres groupes armés dans le processus de paix.Car l’actuel dialogue avec le M23, s’il est salué par la communauté internationale, risque de reproduire les erreurs du passé. Le traitement isolé d’un seul groupe armé, sans intégrer une approche inclusive à l’échelle nationale, laisse la porte ouverte à d’autres foyers de tensions. Plus de trente milices opèrent encore dans l’Est du pays, certaines avec des revendications politiques, d’autres avec des motivations purement économiques ou identitaires. Ne pas les associer revient à construire une paix partielle, donc instable.

À cette réalité sécuritaire s’ajoute une dimension politique incontournable. L’absence de l’État dans plusieurs zones du pays nourrit la méfiance, voire le rejet. La restauration de l’autorité publique ne doit pas se limiter à la présence militaire : elle doit se traduire par des services de santé, d’éducation, de justice et de développement local. C’est seulement ainsi que les populations cesseront de voir les groupes armés comme des alternatives de fait à un État défaillant.Il est également impératif de redéfinir la place de la RDC dans son environnement régional. Le conflit dans l’Est n’est pas une affaire strictement congolaise. Il est aussi nourri par des intérêts extérieurs, des complicités transfrontalières, et une économie de guerre qui traverse les frontières. La paix ne pourra se construire sans une diplomatie offensive, capable d’imposer le respect de la souveraineté congolaise tout en engageant les pays voisins dans un mécanisme de sécurité collective, transparent et vérifiable.Enfin, il ne saurait y avoir de paix sans justice. Les crimes commis contre les civils depuis des décennies appellent des réponses claires. La réconciliation, si elle doit avoir lieu, ne peut se faire sur l’oubli. La vérité, la reconnaissance des torts et l’indemnisation des victimes doivent être intégrées dans toute feuille de route sérieuse vers la paix.Aujourd’hui, les négociations avec le M23 constituent une opportunité réelle. Mais cette opportunité ne doit pas être réduite à une simple trêve militaire. Elle doit servir de point de départ à une réforme en profondeur de l’État congolais, à une réorganisation du dialogue national, et à une nouvelle vision du vivre-ensemble.La paix durable en RDC ne sera pas le fruit d’un texte signé à Doha. Elle sera le résultat d’un contrat refondé entre les institutions, les citoyens, les provinces, et la région tout entière. Elle demandera du courage, de la transparence, de l’écoute, et un sens élevé de l’intérêt national. Car au-delà des accords, c’est l’avenir même de la nation congolaise qui se joue.

Anaël AMP

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