Beni : derrière les invendus de viande et de poisson, un risque silencieux pour la santé des consommateurs

À Beni, dans la province du Nord-Kivu, la conservation des invendus de viande et de poisson en fin de journée soulève des préoccupations liées à la santé des consommateurs.
Face aux pertes économiques, plusieurs bouchers et poissonniers affirment recourir au réfrigérateur ou au congélateur pour préserver leurs marchandises et les remettre en vente le lendemain. Cette pratique permet certes aux commerçants de limiter les pertes, mais elle suscite des interrogations sur la durée de conservation, les conditions de stockage et le respect de la chaîne du froid. Dans un contexte où les consommateurs disposent parfois de peu d’informations sur l’origine et les conditions de conservation des produits alimentaires, le risque sanitaire ne peut être ignoré. Les commerçants rencontrés expliquent privilégier le froid pour conserver les produits qui n’ont pas été vendus. « Après l’abattage, si on voit qu’on ne saura pas tout vendre, on met une partie au frigo pour une bonne conservation », témoigne l’un d’eux.Un autre ajoute : « Quand on vend en détail, le gaz s’évapore, puis le lendemain, on remet au congélateur. ». Pour certains nutritionnistes contactés par TOP-AFRICA, la conservation au froid peut ralentir la détérioration des aliments, mais elle ne constitue pas une garantie absolue de salubrité.Une mauvaise conservation ou une rupture de la chaîne du froid peut favoriser la dégradation de la viande et du poisson, particulièrement riches en protéines et donc sensibles à la détérioration. « Ça peut se décomposer comme c’est très riche en protéines. Ensuite, ça va causer aux consommateurs de l’indigestion, parfois des vomissements ou des diarrhées », explique-t-elle. Selon ces professionnelles de santé, un aliment mal conservé peut également perdre une partie de sa valeur nutritionnelle. « La personne sera rassasiée, mais elle n’aura bénéficié de rien comme nutriments », souligne-t-elle.
Intervenant à la Radio Okapi, Madame Abigael Siriwayo, nutritionniste-diététicienne à l’Hôpital général de Beni, recommande ainsi aux consommateurs de privilégier, autant que possible, les produits frais et de rester vigilants avant tout achat.L’aspect de la viande ou du poisson, leur odeur ainsi que les conditions dans lesquelles ils sont exposés et conservés constituent des éléments auxquels les clients devraient prêter une attention particulière. Au-delà de la responsabilité des commerçants, cette situation pose également la question du contrôle sanitaire des produits alimentaires vendus sur les marchés de Beni.Pour les consommateurs, souvent contraints de choisir les produits les plus accessibles financièrement, une viande ou un poisson mal conservé peut rapidement transformer un repas en problème de santé. La vigilance s’impose donc à tous les niveaux : commerçants, services de contrôle et consommateurs. Car derrière la nécessité légitime de limiter les pertes des vendeurs se trouve un impératif encore plus important : protéger la santé et la dignité des populations, particulièrement celles qui n’ont pas toujours les moyens de faire face aux conséquences d’une intoxication alimentaire.
Christelle KAVIRA




