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Claudine Kitumaini, l’éthique comme boussole du leadership

Dans le paysage médiatique de l’Est de la République démocratique du Congo, le nom de Claudine Kitumaini Hamuli s’impose progressivement comme celui d’une femme de conviction.

Le 15 octobre 2025 marque l’officialisation de son rôle de Directrice Exécutive au sein de La Prunelle RDC asbl, décision confirmée par Rachel Masoka Bulambo. Mais dans l’organisation, beaucoup considèrent que cette nomination n’a fait que reconnaître un leadership déjà visible dans la pratique quotidienne. Avant d’accéder à la direction, Claudine Kitumaini construit sa réputation comme journaliste de terrain. Formée en journalisme après des études en sciences économiques, elle développe sa carrière au sein du journal Le Souverain Libre, sous la supervision de Solange Lusiku, figure majeure du journalisme congolais. Sa conception du métier s’écarte du simple traitement de l’information. Pour elle, le journalisme est un engagement moral envers les populations vulnérables. Sa présence sur le terrain est régulièrement observée dans des régions comme Bukavu, Kalehe, Kabare et Walungu, où elle documente des situations sensibles liées aux droits humains. Un épisode de son parcours illustre cette détermination : la couverture d’un procès impliquant un leader pygmée condamné en première instance. Alors que le contexte était tendu, elle demeure la seule journaliste présente jusqu’au verdict final qui aboutira à la libération du prévenu. « Elle reste quand les autres partent », confie un collègue. « Son travail est d’abord une question de conscience. » Son engagement médiatique s’accompagne d’une philosophie professionnelle simple : un média doit informer, éveiller et questionner le pouvoir, même dans les périodes de crise.« Être différent même en pleine crise », répète-t-elle souvent.

En 2017, elle participe à la création de La Prunelle RDC asbl dans un environnement politique congolais marqué par la fin du mandat présidentiel de l’époque. À l’ère où le numérique reste encore fragile, le projet constitue un pari éditorial. Progressivement, l’initiative devient une organisation engagée dans la gouvernance, les droits humains et la protection des minorités. Entre 2018 et 2024, elle reste au cœur de la production journalistique malgré son statut d’initiatrice. Elle supervise, corrige, tourne, monte et accompagne les jeunes reporters. Les pressions politiques existent, mais elle refuse toute transformation du média en instrument d’influence. En 2022, elle assume la fonction de Directrice Administrative et Financière avant d’être portée à la direction exécutive en 2025. Aujourd’hui, elle dirige un réseau d’environ trente collaborateurs répartis dans plusieurs provinces congolaises. Son leadership est souvent décrit comme rigoureux mais profondément humain. Les témoignages convergent. Vinciane Ntabala parle d’une femme « brave, déterminée, intelligente et sociale ». Suzanne Baleke insiste sur sa persévérance. Abdallah Mapenzi la présente comme une promotrice de l’innovation, répétant souvent : « Innovons ! ». Trésor Wilondja rappelle son principe moral fondamental :« Dieu n’aime pas l’injustice ».Brigitte Furaha souligne sa dimension maternelle dans le leadership organisationnel. Son époux, Honneur-David Safari, évoque une dirigeante capable de maintenir la discipline sans violence symbolique ni autoritarisme destructeur. Elle soutient également la mise en œuvre des résolutions internationales liées aux femmes, à la jeunesse et à la paix. Les Résolutions 1325 et 2250.Sa position sur la santé sexuelle et reproductive des adolescentes reste un élément central de son plaidoyer.« Chaque fille doit pouvoir apprendre et faire des choix », affirme-t-elle.

Dans un contexte socioculturel marqué par les tabous, elle considère l’information comme un outil de protection contre les violences. Aujourd’hui, Claudine Kitumaini apparaît comme une figure du leadership éthique dans le paysage médiatique du Sud-Kivu.Elle n’est pas seulement directrice. Elle est considérée comme une bâtisseuse d’institution, une formatrice de générations et une gardienne de l’éthique professionnelle.Son parcours illustre un leadership féminin basé sur la compétence, la responsabilité et la résilience silencieuse.

Arielle BWINJA

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