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Ituri : défendre les droits humains au péril de sa vie, le silence n’est plus une option

En Ituri, province meurtrie par des décennies de conflits armés, être défenseur des droits humains est devenu un combat où la mort rôde à chaque dénonciation.

Les chiffres rendus publics par le Réseau de protection des défenseurs des droits de l’homme sont glaçants ; six acteurs de la société civile tués et quarante-trois autres victimes d’attaques ou de menaces de mort en 2025. Ces statistiques ne sont pas de simples données ; elles traduisent une réalité brutale, celle d’un espace civique asphyxié par la violence et l’impunité.

À Bunia, lors de la rencontre du 20 janvier, les voix de la société civile ont une fois de plus alerté sur la dangerosité extrême du travail de monitoring des droits humains. Comme l’a souligné Meda Mpiana, les défenseurs paient le prix fort pour avoir osé dénoncer les abus commis contre les populations civiles. Dans une province où les armes parlent plus fort que la loi, ceux qui se dressent pour la justice sont trop souvent perçus comme des ennemis à abattre plutôt que comme des partenaires pour la paix. Cette situation révèle une contradiction profonde ; alors que les défenseurs des droits humains sont censés être protégés par l’État, ils deviennent des cibles, parfois sous le regard passif, voire complice, de ceux qui devraient garantir leur sécurité.

Pour TOP AFRICA, média engagé aux côtés des opprimés, cette réalité est inacceptable. Une société qui laisse assassiner ses lanceurs d’alerte se condamne elle-même au chaos et à la loi du plus fort. Face à ce constat alarmant, les participants à la rencontre de Bunia ont appelé à un changement de paradigme ; quitter la logique de confrontation pour construire une collaboration sincère avec les services de sécurité et les autorités administratives. Mais cette collaboration ne peut être réelle que si elle repose sur une base claire : la connaissance et le respect des instruments juridiques qui protègent les défenseurs des droits humains. Comme l’a rappelé Marc Djeta, la vulgarisation de ces textes est essentielle. Un État qui ignore ou feint d’ignorer les droits et les devoirs de la société civile entretient un climat de méfiance et de répression. À l’inverse, une meilleure compréhension mutuelle peut ouvrir la voie à un dialogue constructif et à une protection effective de ceux qui parlent au nom des sans-voix. Le programme de renforcement des capacités, mis en œuvre dans les 26 provinces avec l’appui de l’Union européenne, représente une lueur d’espoir. Mais il ne saurait suffire sans une volonté politique réelle de rompre avec l’impunité. Réduire drastiquement les menaces contre la société civile exige des actes concrets : enquêtes crédibles, poursuites judiciaires et reconnaissance publique du rôle crucial des défenseurs des droits humains. En Ituri, défendre la dignité humaine ne devrait pas être une condamnation à mort. Tant que les défenseurs tomberont sous les balles ou les menaces, TOP AFRICA continuera de porter leur voix, convaincu qu’aucune paix durable ne peut naître sur le silence imposé aux opprimés.

Jérémie Baraka

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