Entre justice et politique, le peuple congolais pris dans un jeu trouble , (Analyse de Rodrigue KASINDE)

En République démocratique du Congo, deux figures emblématiques de la politique connaissent des trajectoires judiciaires et politiques surprenantes et presque similaire, mettant en lumière les zones d’ombre du fonctionnement des institutions et interrogeant sur la stabilité du pays.
Le premier cas concerne Vital Kamerhe, ancien directeur de cabinet du Chef de l’État et allié des premières heures de la la coalition CACH, été condamné à 20 ans de prison deux ans après la prise du pouvoir pour un « détournement intellectuel » dans une affaire où les preuves convaincantes semblent avoir fait défaut. Sa libération, à la suite d’un appel, s’été déroulée dans des conditions mystérieuses que nul ne semble pouvoir élucider, si ce n’est le juge ayant présidé l’affaire.
Revenu aux affaires comme Vice-Premier ministre, il gravit les échelons pour devenir président de l’Assemblée nationale. Cependant, la gestion de celui qu’on surnomme parfois animal politique venait d’être jugée incompétente par certains membres de sa propre famille politique, qui initiant une motion de défiance contre lui pour l’éjecter du perchoir de la chambre basse du parlement.
Pour préserver son honneur, Kamerhe démissionna.
Curieusement, ses coaccusés furent blanchis peu après sa démission.
La question cruciale demeure : s’agit-il d’incompétence réelle, de manœuvres politiciennes, ou d’une combinaison des deux ?
Le second cas est celui de l’ancien président et sénateur à vie, figure historique de la première alternance pacifique du pouvoir en RDC et allié stratégique au sein de la coalition FCC-CACH. Salué au départ comme l’incarnation de la sagesse et de la stabilité, il est progressivement devenu une gêne pour ceux à qui il avait pacifiquement cédé le pouvoir. Sa disparition du paysage politique a été suivie d’un procès éclair, sanctionné par une condamnation à mort. Les accusations portées contre lui sont pour le moins surprenantes : usurpation d’identité, non filiation paternelle et, plus grave encore, direction d’un groupe armé occupant une partie du territoire national (le M23). Pour soutenir ces allégations, certains évoquent sa présence remarquée sur le terrain auprès des chefs rebelles et ses liens présumés avec des pays voisins, notamment le Rwanda.
Un ancien président, aujourd’hui sénateur à vie, condamné à mort par la justice de son pays. L’image frappe les esprits et soulève bien des questions. Comment un homme qui a dirigé une nation pendant 18 ans peut-il se retrouver, 7 années plus tard, accusé d’être un étranger, de ne pas être le fils légitime de son père, et surtout d’avoir pris les armes contre la même République qu’il a incarnée ?
La condamnation d’un ex-président est lourde de symboles : elle peut incarner une quête de justice et d’égalité devant la loi. Mais si elle apparaît comme un simple règlement de comptes politique, elle risque d’aggraver la fracture et d’éroder la confiance dans les institutions.
Dans cette République, une jurisprudence est désormais institutionnalisée, même les pères et gardiens de l’État peuvent tomber du sommet au banc des accusés. Une leçon à méditer pour tous ceux qui occupent aujourd’hui les hautes fonctions.
Ces deux trajectoires révèlent une inquiétante tendance ; les procédures judiciaires et politiques semblent parfois servir à régler des problèmes de positionnement ou d’opposition interne plutôt qu’à garantir la justice et l’intérêt national. Le peuple, spectateur de ces manœuvres, s’interroge sur le véritable objectif de ces actions et sur leurs impacts à long terme.
Pendant ce temps, la vie sociale se dégrade et la sécurité du pays demeure fragile. Ces manœuvres politico-judiciaires soulignent un paradoxe inquiétant : alors que la RDC aspire à la stabilité et au développement, certains acteurs semblent mobiliser les institutions à des fins opaques. À qui profite ce jeu de pouvoir et quel en sera l’impact sur l’avenir du pays ? Le peuple reste suspendu à ces questions, dans l’attente de réponses claires.
Jacqueline Kangela




