Accord de Washington : une paix sous perfusion diplomatique, loin des attentes des peuples du Kivu

Six mois après la signature de l’Accord de Washington entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, le constat dressé par le Baromètre des accords de paix en Afrique est sans appel ; le processus de mise en œuvre est au point mort, marqué par une exécution faible, inégale et sans dynamique politique forte.
Derrière les chiffres froids se cache une réalité plus brutale : celle d’une paix proclamée dans les salons diplomatiques, mais absente sur le terrain où continuent de souffrir les populations civiles.
Des avancées statistiques qui masquent une paralysie politique
Avec un taux global d’exécution de 23,3 % pour l’ensemble des parties, l’Accord de Washington peine à dépasser le stade des intentions. La stagnation observée entre novembre et décembre 2025 traduit moins un retard technique qu’un manque de volonté politique réelle. Ni Kinshasa ni Kigali ne peuvent revendiquer un leadership exemplaire dans la mise en œuvre ,les deux capitales affichent des taux quasi similaires, autour de 22 %, révélateurs d’un engagement minimaliste, souvent dicté par la pression internationale plutôt que par une vision sincère de paix durable. La Communauté internationale, pourtant plus performante sur le papier avec près de 40 % d’exécution, reste cantonnée à un rôle d’accompagnement procédural. Elle agit sur les mécanismes, sans pouvoir – ou sans vouloir -contraindre les acteurs régionaux à respecter leurs engagements, notamment sur les questions sensibles de soutien aux groupes armés, de désescalade militaire et de restauration de la confiance.
Washington, Doha : des processus déconnectés des réalités du terrain
L’un des principaux écueils de l’Accord de Washington réside dans son décalage avec la réalité sécuritaire à l’Est de la RDC. Malgré l’implication personnelle du président américain Donald Trump et l’entérinement formel par Félix Tshisekedi et Paul Kagame, les violences ont repris. Cela démontre les limites d’une diplomatie centrée sur les États, alors que le conflit est profondément enraciné dans des dynamiques locales, communautaires et transfrontalières.
Les discussions de Doha avec l’AFC/M23 illustrent cette même impasse.
Annoncées comme complémentaires au processus de Washington, elles n’ont produit aucun impact tangible. Les engagements pris – cessez-le-feu, déclaration de principes, accord-cadre – restent lettre morte. Cette inertie profite aux acteurs armés, renforce l’économie de guerre et aggrave la détresse des populations, premières victimes de cette paix différée.
Les oubliés de la paix : populations civiles et voix nationales étouffées
Au cœur de ces processus diplomatiques, une constante demeure , l’exclusion des victimes. Les déplacés, les femmes, les jeunes, les communautés martyrisées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’ont ni voix ni place dans les négociations.
Le dialogue national, pourtant présenté comme un levier essentiel de cohésion et de légitimité, est sans cesse reporté. En s’arrogeant l’initiative exclusive de ce dialogue, le pouvoir de Kinshasa entretient une centralisation politique qui fragilise davantage la confiance nationale. La feuille de route proposée par les confessions religieuses, reflet d’une aspiration populaire à la paix et à la justice, reste ignorée. Ce refus d’ouverture renforce le sentiment que la paix se négocie sans et parfois contre les opprimés.
Une paix imposée ne peut être une paix durable
L’Accord de Washington, tel qu’il est mis en œuvre aujourd’hui, apparaît davantage comme un instrument de gestion de crise internationale que comme un véritable projet de paix pour l’Est de la RDC. Tant que les causes profondes du conflit – gouvernance défaillante, impunité, ingérences régionales, marginalisation des communautés locales ne seront pas traitées avec courage et inclusivité, les accords resteront fragiles et réversibles.
Pour le journaliste Analyste indépendant Jérémie Baraka du Média TOP AFRICA.INFO victime de cette insécurité à l’est du pays, la paix ne peut être mesurée uniquement en pourcentages d’exécution ou en signatures prestigieuses. Elle se mesure à l’aune de la sécurité retrouvée, de la dignité restaurée et de la justice rendue aux peuples longtemps sacrifiés sur l’autel des calculs géopolitiques. Sans cela, l’Accord de Washington risque de rejoindre la longue liste des promesses trahies faites à l’Est du Congo.
Rédaction




