Tshisekedi, Fayulu, Kabila, Nangaa : au-delà des politiciens, le peuple congolais réclame enfin la parole

Le débat autour du dialogue national inclusif annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi prend une nouvelle tournure.
À Kinshasa, une partie de la presse place ce mardi au centre de l’actualité la position de Martin Fayulu, leader de Lamuka, qui réclame la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa aux prochaines assises. Pour la ligne éditoriale de TOP AFRICA, qui se veut « la voix des opprimés », cette question mérite d’être regardée au-delà des clivages politiques et des intérêts des acteurs au pouvoir. Car derrière les querelles entre dirigeants se trouve une population congolaise qui paie, depuis des années, le prix le plus lourd des crises politiques, des conflits armés, des déplacements forcés, de l’insécurité et de la pauvreté. Martin Fayulu estime que Joseph Kabila et Corneille Nangaa sont des parties prenantes du processus et qu’ils doivent pouvoir participer au dialogue. Selon lui, leur présence permettrait notamment qu’ils s’expliquent sur les accusations qui pèsent sur eux et sur leur implication présumée dans la crise actuelle.Cette prise de position, rapportée notamment par 7sur7.cd et Actualite.cd, pose une question fondamentale : si le dialogue se veut réellement inclusif, peut-il exclure ceux qui sont considérés comme des acteurs de la crise ?
La question est sensible.
Joseph Kabila est accusé par les autorités congolaises de soutenir l’AFC-M23, tandis que Corneille Nangaa, ancien président de la CENI, est aujourd’hui présenté par Kinshasa comme l’un des dirigeants de cette rébellion. Ces accusations sont graves. Elles ne devraient cependant pas empêcher, dans le cadre d’un processus politique clairement encadré, que les personnes concernées puissent répondre aux accusations portées contre elles. Car faire entendre toutes les voix ne signifie pas donner raison à tout le monde. L’inclusivité ne doit pas être synonyme d’impunité. Elle devrait plutôt permettre d’établir les responsabilités, de confronter les versions et de rechercher la vérité. C’est précisément là que le futur dialogue devra faire ses preuves. Depuis des années, le peuple congolais assiste à une succession de négociations politiques dont les résultats ne mettent pas toujours fin aux souffrances sur le terrain. Pendant que les responsables politiques négocient dans les capitales, les populations de l’Est continuent de vivre avec la peur, les déplacements, les violences et la perte de leurs moyens de subsistance.
À TOP AFRICA, la question centrale est donc celle-ci : qui parle au nom de ces populations dans le futur dialogue ? Un dialogue national ne peut être véritablement inclusif si les victimes, les déplacés, les communautés affectées par les conflits, les organisations de la société civile, les jeunes, les femmes et les autres voix marginalisées restent au second plan pendant que les élites politiques se partagent l’espace médiatique. La presse kinoise rapporte également les préoccupations d’Infos 27 sur la méthodologie de ce dialogue annoncé comme différent des précédents. Le Phare, de son côté, souligne la volonté affichée par le chef de l’État d’éviter un nouveau processus consacré au partage des postes ou aux arrangements politiques.Cette orientation est importante. La République démocratique du Congo n’a pas besoin d’un dialogue destiné uniquement à redistribuer les responsabilités institutionnelles entre les mêmes acteurs. Elle a besoin d’un processus qui s’attaque aux causes profondes de ses crises. Le peuple congolais ne devrait pas être la variable d’ajustement des compromis politiques. Si Joseph Kabila et Corneille Nangaa doivent participer, leur présence devrait s’accompagner d’une obligation de répondre aux questions qui préoccupent la nation. Si d’autres responsables politiques ou militaires sont concernés par des accusations graves, ils devraient également être appelés à rendre des comptes dans le respect des mécanismes de justice et des droits de la défense. De la même manière, le gouvernement, l’opposition, les groupes armés et tous les autres acteurs concernés doivent accepter de regarder en face leurs responsabilités. Un dialogue crédible ne peut pas être un tribunal destiné à condamner certains tout en protégeant d’autres.
La vérité doit être la même pour tous.
C’est dans cette perspective que la proposition de Martin Fayulu prend une dimension particulière. En demandant que Kabila et Nangaa soient présents, l’opposant remet au centre du débat le principe selon lequel aucune paix durable ne peut être construite en laissant volontairement certaines questions sans réponse. Mais cette ouverture ne doit pas se transformer en marchandage politique.Le futur dialogue devra placer au-dessus des ambitions personnelles la sécurité des citoyens, l’intégrité du territoire national, la justice, la réconciliation, la dignité humaine et la paix. Il devra surtout donner une place réelle à ceux qui souffrent et dont la parole est souvent absente des grandes négociations politiques.

Car au-delà de Tshisekedi, Fayulu, Kabila, Nangaa et des différentes plateformes politiques, il existe un autre acteur qu’on ne doit jamais oublier : le peuple congolais.C’est lui qui endure les conséquences des décisions prises au sommet. C’est lui qui fuit les combats. C’est lui qui enterre ses proches. C’est lui qui perd son activité, sa maison, son école ou ses terres. C’est lui qui attend depuis des années une paix qui ne vient pas.
Pour TOP AFRICA, la réussite du dialogue national ne devra donc pas se mesurer au nombre de personnalités installées autour de la table, mais à la place accordée aux sans-voix et aux résultats obtenus pour les populations.Un dialogue qui donne la parole aux puissants mais oublie les victimes ne serait qu’un dialogue de plus. Un dialogue qui fait entendre toutes les voix, établit les responsabilités et place la dignité du peuple au-dessus des intérêts politiques pourrait, lui, devenir un véritable rendez-vous avec l’histoire.
Jeremie Baraka




