RDC : entre promesses politiques et urgences sociales, la population exige enfin des actes

À l’ouverture de la session ordinaire de mars, lundi 16 mars 2026 au Palais du peuple à Kinshasa, les appels à l’unité nationale lancés par Aimé Boji Sangara et Jean-Michel Sama Lukonde interviennent dans un contexte où la population congolaise attend désormais bien plus que des discours.
Dans plusieurs coins du pays, ces déclarations sont accueillies avec scepticisme par des citoyens confrontés à une réalité marquée par l’insécurité, la précarité et l’incertitude du lendemain. À l’Est de la République démocratique du Congo, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les populations continuent de vivre sous la menace permanente des groupes armés, dont les actions répétées endeuillent les familles et provoquent des déplacements massifs. À Goma, l’un des épicentres de cette crise sécuritaire, de nombreux habitants expriment leur lassitude face à une situation qui perdure. « Nous sommes fatigués de fuir. Nous voulons que le gouvernement prenne des mesures fortes pour mettre fin à cette guerre », confie un déplacé rencontré dans un site d’accueil. Un jeune entrepreneur de la ville souligne également l’impact économique de l’instabilité . « Sans sécurité, il est impossible de travailler ou d’investir. Nous avons besoin de paix pour construire notre avenir. » Même sentiment d’inquiétude à Bukavu, où la population vit dans la peur d’éventuelles incursions des groupes armés. « Chaque jour, nous vivons avec la peur. Les autorités parlent de solutions, mais sur le terrain, rien ne change réellement », témoigne une habitante du quartier Mosala à Kadutu. Un enseignant de la ville évoque également les conséquences sur l’éducation . « Les enfants étudient dans un climat d’insécurité permanent, ce qui compromet leur avenir. »
Dans la capitale, Kinshasa, les préoccupations sont davantage liées aux conditions de vie, mais traduisent le même besoin urgent d’actions concrètes. Dans plusieurs quartiers populaires, les habitants dénoncent la montée de la criminalité, le manque d’infrastructures de base et la cherté de la vie. « Nous entendons parler d’unité nationale, mais dans nos communes, rien ne change. Les routes sont en mauvais état, il n’y a pas d’emploi pour les jeunes et l’insécurité persiste », déplore un habitant de Masina. Une commerçante du marché de Matete renchérit de la manière suivante :« La vie devient de plus en plus difficile. Nous attendons des mesures concrètes pour améliorer notre quotidien. » Au-delà des réalités locales, une exigence commune se dégage à travers le pays . De nombreux Congolais appellent à une meilleure transparence dans la gestion des accords internationaux annoncés par les autorités, notamment en ce qui concerne les initiatives de paix et les partenariats stratégiques.
Pour eux, ces engagements doivent se traduire par des améliorations visibles en matière de sécurité, d’emploi et de développement. Dans ce contexte, les appels à l’unité nationale, bien que salués dans leur principe, peinent à convaincre une population confrontée à des défis quotidiens persistants. Pour une grande partie des citoyens, la crédibilité des institutions dépendra désormais de leur capacité à transformer les promesses en actions concrètes et durables.
Anaël AMPIRE




