De la solidarité villageoise à l’indifférence urbaine : quand l’Afrique oublie ses valeurs

Autrefois, dans le cœur vibrant des villages africains, l’union faisait la force. Lorsqu’un membre de la communauté bâtissait sa maison, tout le monde hommes, femmes, jeunes et vieux se mobilisait.
En une journée, le toit s’élevait, symbole d’une solidarité sans faille. Aujourd’hui, cette Afrique communautaire semble s’effriter sous le poids de l’individualisme moderne.Un passé où le “nous” primait sur le “moi”« Le problème de l’un était le problème de tout le village », témoigne Bisimwa Basimane, Congolais originaire de Bukavu.
À cette époque, explique-t-il, « il n’y avait pas d’excuses, tout le monde participait. » Cet esprit collectif formait la colonne vertébrale des sociétés africaines. La richesse d’un individu se mesurait à sa générosité, non à ce qu’il possédait. Les valeurs de respect, de partage et de courage guidaient la vie quotidienne. Cette Afrique d’hier vivait selon le principe ancestral : “Umuntu ngumuntu ngabantu” “Je suis parce que nous sommes.”
Quand la modernité divise
Mais aujourd’hui, le paysage a changé. L’Afrique urbaine, digitalisée, parfois déshumanisée, s’éloigne de ce modèle communautaire. Les habitants des villes se croisent sans se connaître, les familles s’isolent derrière des murs ou des écrans. « Tu peux inviter les gens chez toi, ils ne viendront pas », regrette Basimane.
La colonisation, l’urbanisation et l’influence occidentale ont transformé les mentalités. Le modèle du collectif a cédé la place à celui de la réussite personnelle.
La pauvreté, le chômage et les crises politiques ont accentué la méfiance entre citoyens. Un jeune Burkinabè rencontré à Ouagadougou confie : « Avant, nos parents se sacrifiaient pour le voisin. Aujourd’hui, si tu tombes malade, tout le monde détourne le regard. » Une enseignante sénégalaise à Dakar ajoute : « On parle d’unité africaine dans les discours, mais sur le terrain, chacun se bat pour soi. »
Les racines de la désunion
L’éclatement des solidarités africaines ne relève pas du hasard. Il est le produit de plusieurs dynamiques entremêlées : Des frontières coloniales qui ont divisé des peuples et semé les graines de rivalités ethniques. La pauvreté persistante, qui pousse les communautés à la survie individuelle plutôt qu’à la coopération. Des dirigeants politiques qui, parfois, instrumentalisent les identités pour conserver le pouvoir. Une éducation déconnectée des valeurs africaines, qui reproduit les modèles d’un monde étranger à nos réalités.
Ainsi, la haine, la jalousie et la méfiance ne sont pas des fatalités africaines : elles sont les fruits d’un déracinement culturel et social profond.
Rebâtir l’unité africaine : une urgence morale
Face à cette fracture, des voix s’élèvent pour réinventer la solidarité africaine à l’ère moderne. L’unité ne peut se limiter à des discours politiques ou à des sommets de chefs d’État ; elle doit renaître dans les villages, les quartiers et les écoles. Les solutions passent par : Une éducation ancrée dans les valeurs africaines, où la solidarité, le partage et la tolérance deviennent des matières vivantes. Des initiatives communautaires locales : coopératives, mutuelles d’entraide, associations de jeunes et de femmes. Des médias responsables, qui valorisent les récits positifs d’unité et déconstruisent les discours de haine. Une économie solidaire, centrée sur l’humain plutôt que sur le profit.
Retrouver l’esprit du village
Redonner sens à la communauté, c’est raviver cette flamme qui faisait du village africain un lieu d’humanité et de dignité. Le proverbe swahili le rappelle : “Umoja ni nguvu, utengano ni udhaifu” L’union fait la force, la division est une faiblesse.
L’Afrique n’a pas besoin d’imiter le monde pour briller ; elle doit simplement se souvenir de ce qu’elle est. Car un peuple qui oublie ses racines perd aussi la clé de son avenir.
Le Média TOP AFRICA, fidèle à sa mission de donner la parole à l’Afrique des peuples, appelle chacun citoyen, leader, enseignant ou jeune à reconstruire les ponts de solidarité. Car c’est ensemble, et seulement ensemble, que renaîtra l’Afrique forte, digne et unie de nos ancêtres.
Jeremie Baraka




