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Vital Kamerhe face au peuple : un fauteuil tremblant au sommet de l’Assemblée nationale (Analyse)

En République démocratique du Congo, les murs de la Chambre basse tremblent sous le poids d’une crise institutionnelle qui interpelle autant les élites que les citoyens ordinaires.

Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale et allié historique du président Félix Tshisekedi, fait aujourd’hui l’objet d’une contestation frontale. Plus de 200 députés ont signé une pétition exigeant sa déchéance, évoquant une « gestion opaque », une « incompétence manifeste » et une entrave au contrôle parlementaire. Le vote à bulletin secret attendu pourrait, à tout moment, faire basculer le rapport de force.Ce qui se joue ici dépasse la personne de Kamerhe. C’est toute la question de la gouvernance, de la transparence et de la légitimité des institutions qui est mise à nu, dans un contexte où le peuple congolais, confronté à l’insécurité, à la misère sociale et à la soif de justice, observe attentivement.Vital Kamerhe, fort de son parcours politique et de sa proximité avec le chef de l’État, n’est pas sans atouts. Il a tenté de désamorcer la crise en se montrant ouvert au dialogue, en réceptionnant la pétition conformément au règlement intérieur et en autorisant la mise en place d’une commission spéciale. Il a également rappelé sa loyauté envers le président Tshisekedi, misant sur une solidarité politique pour rester au perchoir. Mais à y regarder de plus près, cette posture défensive révèle une tension plus profonde. Kamerhe, censé incarner l’autorité parlementaire, se retrouve accusé par ses pairs , y compris au sein de la majorité présidentielle de gouverner en vase clos, de confisquer la parole et de bloquer les mécanismes de contrôle démocratique.

Cette rébellion des députés, bien qu’exprimée au sein d’un hémicycle souvent critiqué pour sa docilité, porte la voix d’un malaise institutionnel que nul ne peut balayer.La situation soulève une contradiction fondamentale : comment peut-on exiger des gouvernants qu’ils rendent des comptes au peuple si le Parlement lui-même devient une forteresse d’opacité ? Comment parler de démocratie participative quand ceux qui représentent les Congolais ordinaires dénoncent l’absence de consultation, la centralisation des décisions, et l’absence de débat libre ? Si Vital Kamerhe parvient à se maintenir en poste, ce sera au prix de concessions : partage du pouvoir au sein du bureau, réformes internes, et ouverture à une gouvernance plus collégiale. Mais ce scénario, s’il se concrétise, ne peut suffire à éteindre la colère sourde d’un peuple qui ne croit plus aux beaux discours. Car en vérité, ce bras de fer parlementaire ne suscite pas tant l’indignation populaire que l’indifférence lassée d’une population désabusée. Le peuple veut du changement réel, pas des luttes de position.Et si Kamerhe chute, ce sera aussi le révélateur d’un affaiblissement de l’Union sacrée, incapable de préserver la stabilité de ses propres institutions. Cela soulèverait aussi la question de savoir si l’on peut construire une majorité durable sans enracinement populaire, sans rendre des comptes aux citoyens. L’Assemblée nationale ne doit pas être un théâtre d’alliances opportunistes et de calculs de carrière. Elle devrait être le sanctuaire où les souffrances des Congolais trouvent écho, où la justice sociale devient une exigence, et non une formule de discours. Aujourd’hui, elle donne l’image d’une maison fracturée, où les querelles internes masquent l’essentiel : le besoin urgent de servir.

Certains congolais interrogaient par TOP AFRICA ONE ce lundi 22 septembre 2025 à Kinshasa, estiment que les institutions n’ont de sens que si elles défendent l’opprimé, protègent le faible, donnent une voix au sans-voix. Quelles que soient les manœuvres autour du fauteuil de Kamerhe, nous rappelons ceci : le pouvoir n’est pas un privilège, mais un mandat au service du peuple. Et celui-ci, tôt ou tard, demandera des comptes.

Arielle BWINJA

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