Uvira entre soulagement populaire et fragilité sécuritaire : quand la libération révèle les blessures profondes

Le retour des FARDC et des groupes Wazalendo à Uvira a provoqué une explosion de joie populaire qui traduit, avant tout, un profond besoin de sécurité et de dignité longtemps étouffé par la présence de forces armées étrangères ou perçues comme telles.
Les scènes d’allégresse observées dans plusieurs quartiers de la ville ne relèvent pas seulement de l’émotion du moment ; elles expriment le ras-le-bol d’une population prise en otage par des cycles répétés d’occupations, de retraits stratégiques et de violences qui se font toujours au détriment des civils.
À Uvira, comme ailleurs dans l’est de la RDC, l’accueil réservé aux forces loyalistes est d’abord un message politique ; celui d’un peuple qui revendique son droit à vivre librement sur sa terre. Cependant, cette euphorie populaire a rapidement laissé place à une réalité plus inquiétante. Les pillages et règlements de comptes signalés après le retrait de l’AFC/M23 mettent en lumière une fracture sociale dangereuse, alimentée par la peur, la suspicion et l’absence de justice. Lorsque l’État est longtemps absent ou affaibli, la population finit par se substituer aux institutions, parfois de manière violente. Ces actes, bien que compréhensibles dans leur contexte émotionnel, risquent de fragiliser davantage la cohésion sociale et d’installer une spirale de vengeance qui profite rarement aux victimes, mais toujours aux ennemis de la paix.

Le discours des autorités provinciales, appelant au calme, à la vigilance et à la cohabitation pacifique, est nécessaire mais insuffisant s’il n’est pas suivi d’actions concrètes. La protection effective des civils, la sécurisation des biens, la lutte contre l’impunité et la clarification du rôle des groupes armés alliés restent des défis majeurs. La présence visible des FARDC dans les points stratégiques est un signal rassurant, mais la persistance d’éléments du M23 dans la plaine de la Ruzizi et dans les hauts plateaux rappelle que la menace n’est ni totalement écartée ni cantonnée à un seul territoire.
L’annonce de l’arrivée prochaine de la MONUSCO par la frontière de Gatumba ouvre une nouvelle séquence qui doit impérativement placer les populations locales au centre des priorités. À Uvira, la paix ne se mesurera pas seulement à l’absence de tirs, mais à la capacité des autorités nationales et internationales à restaurer la confiance, réparer les injustices subies et garantir que plus jamais le sort des civils ne soit négocié au nom d’agendas militaires ou politiques. Être la voix des sans-voix, c’est rappeler que derrière chaque retrait armé et chaque entrée triomphale, il y a des vies brisées qui attendent bien plus que des promesses : elles attendent une paix durable et juste.
Jérémie Baraka




