Renforcer la souveraineté africaine : vers une maîtrise continentale du financement et de la gestion des ressources naturelles

Les experts financiers et industriels réunis lors de l’Africa Financial Summit (AFIS), organisé par Jeune Afrique en partenariat avec la Société financière internationale (IFC), ont débattu d’une question centrale sur comment renforcer la souveraineté africaine dans la gestion et le financement de ses ressources naturelles ?
Alors que l’Afrique détient près d’un tiers des réserves mondiales de minerais stratégiques, d’importantes ressources pétrolières et gazières, ainsi qu’un potentiel exceptionnel en énergies renouvelables, le continent ne capte pourtant que 3 % des investissements mondiaux dans ces secteurs. Ce paradoxe a constitué le point de départ du panel intitulé « Ressources naturelles : comment renforcer l’autonomie africaine dans le pétrole, le gaz et les mines ? ».
Une vision africaine pour une autonomie durable
Prenant la parole en tant que keynote speaker, Amina Benkhadra, Directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), a souligné que « l’heure est venue pour l’Afrique de tirer pleinement parti de ses richesses, de créer de la valeur ajoutée et de générer des revenus destinés à financer son propre développement ». Selon elle, cette ambition passe avant tout par une vision stratégique claire, une régulation adaptée et des institutions financières fortes. Elle a insisté sur le rôle déterminant de la gouvernance et de la transparence, conditions essentielles pour attirer des capitaux durables et bâtir la confiance des investisseurs.
Le financement, pilier de l’autonomie industrielle
Malgré un potentiel immense, les industries extractives africaines demeurent souvent cantonnées à des rôles secondaires tels que la sous-traitance. Cette situation résulte principalement d’un accès limité au financement, entravé par la faiblesse des fonds propres des banques locales, la volatilité des devises et des procédures réglementaires parfois lourdes.
Face à ces obstacles, Youssef Rouissi, Directeur général délégué du pôle Corporate et Investment Banking d’Attijariwafa bank, a plaidé pour une refonte des mécanismes de financement. Pour lui, « la devise locale doit devenir un levier de développement. Nous devons privilégier les financements en monnaies africaines et renforcer les synergies entre institutions du continent ».
Il a cité à cet effet plusieurs projets emblématiques soutenus par Attijariwafa bank, tels qu’un plan hydraulique de 1,2 milliard de dollars au Cameroun et un projet aurifère de 300 millions de dollars au Sénégal. Ces exemples démontrent la faisabilité d’un financement structuré et africain des grands projets industriels.Rouissi a également encouragé la diversification des instruments financiers, notamment les obligations vertes, les fonds de dette (debt funds) et les syndications régionales, considérés comme des leviers essentiels pour mobiliser des capitaux durables à long terme.
Le modèle marocain, une source d’inspiration continentale
Dans cette dynamique, le Maroc s’impose comme un modèle de financement durable et intégré. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le pays a mis en place une stratégie énergétique nationale fondée sur un contenu local obligatoire à 30 %, le développement massif des partenariats publics-privés (PPP) et une montée en puissance des énergies renouvelables. Ce modèle, salué pour sa cohérence et sa vision à long terme, illustre comment un cadre institutionnel solide et une approche inclusive peuvent permettre de transformer les ressources naturelles en véritables moteurs de développement pour tout le continent.
Vers une souveraineté énergétique et financière Africaine
Les débats du sommet AFIS ont mis en évidence un consensus : l’Afrique dispose des ressources, des talents et du potentiel nécessaires pour maîtriser pleinement la chaîne de valeur de ses richesses naturelles. Ce qu’il reste à consolider, ce sont les outils de financement, la coordination régionale et la volonté politique pour transformer ce potentiel en prospérité partagée. En unissant leurs forces, les institutions financières, les États et les acteurs industriels africains peuvent désormais poser les fondations d’une souveraineté économique et énergétique véritablement africaine.
Anaël AMP




