RDC-Rwanda : Kinshasa pose ses lignes rouges avant toute signature de l’accord de paix de Doha

Alors que Washington intensifie sa médiation pour relancer le dialogue entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, Kinshasa reste inflexible en rassurant qu’aucune signature d’accord de paix ne sera possible sans le retrait préalable des troupes rwandaises du territoire congolais.
Cette position ferme, réaffirmée par le porte-parole du gouvernement congolais Patrick Muyaya, souligne la détermination du président Félix Tshisekedi à ne pas céder sur la question de la souveraineté nationale. « Le président Tshisekedi ne participera à aucune cérémonie de signature tant que l’intégrité territoriale de la RDC ne sera pas pleinement respectée », a déclaré Patrick Muyaya sur les ondes de RFI.
Un processus diplomatique sous impulsion américaine
Les États-Unis, engagés dans un rôle de médiateur depuis plusieurs mois, tentent de relancer le processus de Doha, une initiative soutenue par le Qatar et divers partenaires régionaux.
L’objectif est de parvenir à un accord global entre Kinshasa et Kigali pour mettre fin à plus de deux décennies d’instabilité dans l’Est de la RDC. Le projet d’accord en discussion prévoirait trois points essentiels : Le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de chaque pays ; Le retrait des forces étrangères opérant sur le sol congolais ; La mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire pour neutraliser les groupes armés actifs dans la région. Selon plusieurs sources diplomatiques citées par Associated Press et Al Jazeera, Washington espère obtenir une signature officielle d’ici la fin de l’année, mais Kinshasa refuse de s’engager tant que les conditions sur le terrain n’évoluent pas.Une situation explosive dans l’Est du Congo
L’Est de la RDC reste aujourd’hui le théâtre d’un conflit complexe mêlant rivalités ethniques, convoitises minières et ingérences étrangères. Depuis début 2025, le Mouvement du 23 mars (M23) considéré par Kinshasa et l’ONU comme soutenu par Kigali a intensifié ses offensives dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, provoquant de nouveaux déplacements massifs de populations. Les Nations unies estiment que plus de 7 millions de personnes sont actuellement déplacées internes à cause du conflit. Le secrétaire général Antonio Guterres a récemment lancé un appel à la médiation urgente pour éviter une « catastrophe humanitaire prolongée ». Kigali, de son côté, continue de nier toute présence militaire sur le sol congolais. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a affirmé dans une interview à Le Monde Afrique : « Le Rwanda n’a aucun soldat déployé en République démocratique du Congo. Nous ne faisons que protéger notre sécurité nationale face à la menace des FDLR. » Mais pour Kinshasa, ces dénégations ne convainquent plus. Le gouvernement congolais accuse régulièrement le Rwanda de soutenir directement ou indirectement le M23 et d’exploiter illégalement les ressources minières du Kivu, un argument également repris dans plusieurs rapports d’experts de l’ONU.
La position de Kinshasa : la paix, mais pas à n’importe quel prix
La ligne de Kinshasa est désormais claire : le dialogue oui, mais dans le respect total de la souveraineté nationale. « Nous ne pouvons pas parler de paix tant que notre territoire est occupé », insiste Patrick Muyaya. « Le Congo est prêt à la paix, mais pas à la compromission. » Le président Félix Tshisekedi a, à plusieurs reprises, rappelé que la RDC ne signerait aucun accord sous pression internationale tant que les troupes rwandaises et les groupes armés qui leur sont associés ne se retireront pas du territoire national.Cette fermeté s’inscrit dans une logique de reconquête diplomatique et militaire de la souveraineté congolaise, alors que Kinshasa cherche également à renforcer ses alliances régionales, notamment avec l’Angola, le Burundi et le Kenya.
Une paix encore fragile
Si la médiation américaine représente une lueur d’espoir, de nombreux observateurs jugent le processus de Doha encore fragile. Les rancunes accumulées, la méfiance mutuelle et la persistance des affrontements sur le terrain menacent toute avancée durable. Le succès de cette démarche dépendra de la capacité des deux pays à s’engager sincèrement dans un mécanisme de confiance et de vérification, soutenu par la communauté internationale et par les pays de la région des Grands Lacs. Il sied de vous signaler que la RDC ne ferme pas la porte à la paix, mais elle exige des actes avant les signatures. Le message de Kinshasa est clair : la souveraineté d’abord, la diplomatie ensuite.
Le processus de Doha pourra-t-il surmonter les obstacles actuels ?Washington, Doha et les partenaires africains devront redoubler d’efforts pour transformer les engagements de papier en avancées réelles sur le terrain. Pour l’heure, la balle reste dans le camp de Kigali.Par la rédaction de TOP AFRICA« La voix des imprimés » Pour une Afrique qui s’exprime, s’affirme et s’informe.
Anaël AMP




