RDC: Au Kasaï Orientale des enfants mobilisés pour les inhumations au détriment de leur éducation et de leur protection

À Mbuji-Mayi, au Kasaï Oriental, la présence d’enfants dans les cortèges funéraires suscite une vive inquiétude parmi les défenseurs des droits de l’enfant et plusieurs acteurs de la société civile. Chaque soir, à la morgue de la ville, des mineurs sont recrutés pour accompagner
les familles endeuillées jusqu’aux cimetières, où ils jouent de la trompette ou du tambour en échange d’une modeste rémunération.Pour de nombreux observateurs, cette pratique constitue une forme d’exploitation incompatible avec les droits fondamentaux des enfants. Adeline Kangela déplore une évolution des mentalités qui expose désormais les plus jeunes à des réalités autrefois réservées aux adultes. « Ce n’est pas gentil d’utiliser même les enfants de moins de 18 ans. Quand nous étions enfants, lorsqu’on voyait un cercueil, on nous demandait de rentrer dans la maison. Aujourd’hui, on commence à utiliser même les tout petits enfants, ce n’est pas bien », regrette-t-elle. Le phénomène préoccupe également le monde de l’éducation. Selon l’enseignant Joseph Kanyena, plusieurs de ces enfants abandonnent les salles de classe pendant les heures de cours pour participer aux cérémonies funéraires. « Le temps que les enfants passent à la morgue puis au cimetière correspond aux heures des cours. Les enfants qui sont encore mineurs quittent l’école pour aller jouer au tambour, ce n’est pas du tout normal. Les enfants doivent étudier », insiste-t-il. Derrière cette réalité se cache souvent une profonde précarité économique. Les quelques billets obtenus après chaque prestation représentent pour certaines familles une source de revenus qui les pousse à accepter cette activité malgré les conséquences sur la scolarité et le bien-être des enfants.
Face à cette situation, Marie Claire Ngoya, coordinatrice de Maria Group, annonce des actions de sensibilisation destinées aux structures qui recourent à ces jeunes musiciens. « Ce n’est pas un bon travail. Nous allons sensibiliser ces maisons qui utilisent les enfants. Au lieu qu’ils soient à l’école, on les emploie pour un autre travail et nous disons non », affirme-t-elle. Les autorités provinciales des Affaires sociales partagent cette préoccupation. Pour François Mukendi, chef de division provinciale du secteur, il s’agit clairement d’un cas d’exploitation des enfants. « Il s’agit des cas d’exploitation à outrance des enfants », dénonce-t-il.
Les organisations de protection de l’enfance appellent ainsi les autorités compétentes, les responsables des fanfares funéraires ainsi que les familles à mettre fin à cette pratique et à garantir aux enfants leur droit à l’éducation, à la protection et à un développement harmonieux. Derrière les notes de musique qui accompagnent les cérémonies funéraires se dessine une réalité plus sombre, celle de mineurs contraints de sacrifier leur enfance sous le poids de la pauvreté.
Anaël MP




