La RDC s’engage dans la reconnaissance des compétences par la valorisation des acquis de l’expérience

En République démocratique du Congo, la formation professionnelle connaît une évolution progressive mais structurante, portée par un principe désormais reconnu ; l’expérience peut, au même titre que la formation académique, ouvrir la voie à une qualification officielle.
À travers la valorisation des acquis de l’expérience, la RDC affirme sa volonté de reconnaître les compétences construites sur le terrain et de les intégrer pleinement dans son système de certification.Pour Jean-Claude M., responsable d’un centre public de formation professionnelle à Kinshasa, cette reconnaissance répond à une réalité longtemps ignorée. Selon lui, le système éducatif a longtemps privilégié le diplôme académique au détriment du savoir-faire pratique. « Dans nos centres, nous rencontrons chaque jour des professionnels très compétents qui n’ont jamais fréquenté une école technique. La valorisation de l’expérience permet enfin de réconcilier la formation et la réalité du terrain »,explique-t-il. Ce mécanisme, déjà existant dans l’architecture institutionnelle de la formation professionnelle congolaise, répond à une réalité socio-économique majeure. Une part importante de la main-d’œuvre nationale s’est formée hors des circuits scolaires classiques, notamment dans l’artisanat, les métiers techniques, l’administration, l’agriculture ou encore les services. La reconnaissance de cette expérience constitue ainsi un enjeu central pour l’employabilité et la professionnalisation. C’est précisément cette réalité que vit Patrick K., mécanicien automobile dans un garage de la capitale. Formé sur le tas, sans jamais passer par une école spécialisée, il exerce depuis plus de quinze ans. « J’ai appris la mécanique en observant et en pratiquant. Mon travail parle pour moi, mais sans certificat, il était difficile d’évoluer ou d’être pleinement reconnu », confie-t-il, voyant dans la reconnaissance de l’expérience une opportunité de légitimation professionnelle. Encadrée par le ministère en charge de la formation professionnelle et de métiers, la valorisation des acquis de l’expérience permet aux travailleurs expérimentés d’obtenir des certificats, brevets ou titres professionnels reconnus par l’État, sans repasser par un cursus complet de formation initiale. Cette approche favorise une meilleure adéquation entre les compétences réellement détenues et les qualifications officiellement reconnues. Pour les entreprises, les administrations publiques et les organisations de la société civile, cette reconnaissance représente un outil stratégique de gestion des ressources humaines. Elle facilite la promotion interne, valorise l’ancienneté et les compétences pratiques, tout en réduisant l’écart entre qualification formelle et performance réelle au travail. Dans un contexte marqué par le chômage, en particulier celui des jeunes, la reconnaissance de l’expérience offre une voie alternative crédible vers l’insertion professionnelle. Sur un chantier de Kinshasa, Joseph L., maçon depuis plus de vingt ans, découvre avec étonnement l’existence de ce mécanisme. « J’ai construit des maisons, des écoles, des bureaux, mais je ne savais pas qu’il était possible de faire reconnaître officiellement ce que je sais faire. Si cette information circulait mieux, beaucoup de gens comme moi pourraient améliorer leur situation», regrette-t-il.
Malgré ces avancées, des défis persistent. La faible diffusion de l’information, l’accès inégal aux dispositifs selon les provinces et le besoin d’un accompagnement renforcé des candidats limitent encore l’impact du système. La consolidation de la formation professionnelle en RDC passe donc par une meilleure vulgarisation du mécanisme, un renforcement des capacités institutionnelles et une coordination accrue entre les acteurs publics et privés. En définitive, lorsque l’expérience devient une qualification reconnue, c’est l’ensemble du système de formation professionnelle qui gagne en cohérence et en inclusivité. En misant sur la valorisation des acquis de l’expérience, la RDC affirme une vision pragmatique du développement de son capital humain, fondée sur la reconnaissance du savoir-faire réel et sur l’apprentissage tout au long de la vie.
Rodrigue KASINDE




