ActualitésDroits HumainsPolitique

Tanzanie : entre continuité politique et crise de légitimité

La Tanzanie, longtemps considérée comme l’un des piliers de stabilité en Afrique de l’Est, traverse une période d’incertitude politique sans précédent.

Les résultats du scrutin général du 29 octobre 2025, donnant la présidente Samia Suluhu Hassan victorieuse avec 97,66 % des voix, ont déclenché une vague de contestation nationale et internationale.

Un scrutin sous tension

Selon la Commission électorale nationale, la présidente sortante a remporté une victoire écrasante. Mais cette large avance, dans un contexte d’arrestations d’opposants, de disqualifications et de restrictions médiatiques, suscite de vives interrogations. Les principaux partis d’opposition ont dénoncé un processus « truqué », évoquant un retour à un autoritarisme que beaucoup pensaient révolu. Des manifestations spontanées ont éclaté à Dar es Salaam, Arusha et Mwanza, marquant le rejet d’un scrutin perçu comme verrouillé. En réponse, le gouvernement a déployé l’armée, instauré un couvre-feu et restreint l’accès à Internet dans plusieurs régions. Si le pouvoir évoque « quelques incidents isolés », les observateurs indépendants parlent de violences meurtrières car le bilan varie de 10 à 700 morts selon les sources. Ces chiffres, difficiles à vérifier, traduisent néanmoins la gravité du climat politique.

Un modèle en péril

Le parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM), règne sans partage depuis l’indépendance. Mais cette domination historique semble désormais s’accompagner d’une perte de confiance populaire. L’opposition, marginalisée, dénonce une fermeture de l’espace démocratique, tandis que les organisations de défense des droits humains pointent une dérive autoritaire. Cette crise politique pourrait compromettre les acquis économiques récents : le port de Dar es Salaam, poumon commercial du pays, est partiellement paralysé, et la méfiance des investisseurs commence à se faire sentir.

Une démocratie à reconstruire

Pour préserver son image et sa stabilité, la Tanzanie doit engager sans tarder un dialogue politique inclusif.

Le média TOP AFRICA.INFO estime qu’un processus de réconciliation nationale, adossé à une enquête indépendante sur les violences électorales, est indispensable pour restaurer la confiance des citoyens et des partenaires internationaux. Les futures élections devront s’accompagner de garanties démocratiques claires : réouverture de l’espace politique et médiatique,égal accès aux ressources électorales,protection du droit de manifester pacifiquement,transparence du dépouillement et supervision indépendante. Un tournant pour l’Afrique de l’EstAu-delà de ses frontières, la situation tanzanienne interpelle toute la région. Dans un contexte où plusieurs États africains connaissent des tensions post-électorales, le cas de la Tanzanie rappelle que la stabilité durable ne peut s’imposer sans légitimité démocratique. La présidente Samia Suluhu Hassan, première femme à diriger le pays, porte désormais la lourde responsabilité d’éviter une dérive autoritaire et de réconcilier la continuité politique avec les aspirations démocratiques de son peuple.

La Tanzanie reste un acteur clé de l’Afrique de l’Est, mais sa crédibilité internationale est aujourd’hui mise à l’épreuve. Entre l’ordre et la liberté, entre la stabilité et la démocratie, le pays doit choisir la voie du dialogue et de la transparence.Sans ce sursaut, le risque est grand de voir le « modèle tanzanien » se transformer en symbole d’une stabilité de façade  silencieuse, mais fragile.

Arielle BWINJA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page