Accords migratoires USA-RDC : droits humains et controverse au cœur de Kinshasa

Les États-Unis ont intensifié ces derniers mois une politique controversée de renvoi de migrants vers des pays tiers, reposant sur une série d’accords bilatéraux, dont plusieurs impliquent des États africains, selon des documents officiels américains et des informations confirmées par divers médias.
Un rapport de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain publié en février 2026 décrit un dispositif structuré, ayant déjà permis le transfert d’environ 300 personnes vers des pays qui ne sont pas les leurs, pour un coût estimé à plus de 40 millions de dollars. Le document fait état de paiements directs à certains gouvernements et de pressions diplomatiques pour étendre ce réseau d’accords. Parmi les pays africains concernés figure le Rwanda, avec lequel Washington a conclu en 2025 un accord autorisant l’accueil de migrants en provenance d’autres États. Le rapport sénatorial mentionne un financement américain de plusieurs millions de dollars. Des arrangements similaires ont été recensés en Guinée équatoriale et en Eswatini, où des migrants expulsés ont été placés en détention dès leur arrivée, selon des organisations de défense des droits humains.
En Afrique de l’Est, l’Ouganda a reçu début avril 2026 un premier groupe de 12 personnes expulsées des États-Unis, dans le cadre d’un accord présenté comme temporaire par les autorités de Kampala. Au Soudan du Sud, au moins huit migrants ont été transférés en 2025, dans un contexte de coopération bilatérale renforcée, même si les modalités exactes de l’accord demeurent floues. En Afrique de l’Ouest, le Ghana a reconnu avoir accueilli un groupe de migrants américains en 2025, tout en affirmant qu’aucune compensation financière directe n’avait été versée. Le Cameroun figure également parmi les cas sensibles : selon The New York Times, Washington aurait conclu un accord discret avec Yaoundé, incluant des transferts de migrants sans lien avec le pays, en parallèle de décisions sur l’aide internationale. Plus récemment, la République démocratique du Congo a annoncé le 5 avril 2026 un accord avec les États-Unis pour accueillir certains migrants expulsés vers des pays tiers. D’après des sources concordantes, ce dispositif prévoit un examen individuel des cas et une prise en charge logistique par Washington.Ces accords visent à expulser des migrants qui ne peuvent être renvoyés vers leur pays d’origine, souvent en raison de risques de persécution. Mais ils suscitent de vives critiques : juristes et organisations de défense des droits humains soulignent qu’ils pourraient violer le principe de non-refoulement, fondement du droit international. Sur le plan judiciaire, la Cour suprême américaine a levé en juin 2025 certaines restrictions imposées par des juridictions inférieures, autorisant l’administration à poursuivre ces expulsions vers des pays tiers, alors que plusieurs procédures restent en cours. Face aux critiques, plusieurs États africains ont refusé de participer à ce dispositif. Le Nigeria a opposé un refus catégorique, malgré des pressions américaines jugées importantes par des responsables gouvernementaux. Selon le rapport sénatorial, Washington continue d’explorer de nouveaux partenariats, dans une politique désormais qualifiée de « globale ». Cette pratique met en lumière un dilemme majeur entre stratégies migratoires et respect des droits fondamentaux, plaçant les populations vulnérables au cœur d’un débat international sensible.
Arielle BWINJA



