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Est de la RDC : pendant que la diplomatie s’exprime, les civils continuent de mourir

Malgré les mises en garde internationales et les accords de paix signés sous l’égide des États-Unis, l’Est de la République démocratique du Congo Continu de s’enfonce dans une spirale de violences meurtrières, où les civils paient le prix fort.

Goma, Bukavu, Uvira… Ces noms résonnent aujourd’hui comme autant de symboles d’une tragédie humaine qui ne faiblit pas. Alors que le Conseil de sécurité des Nations Unies débat à New York et que les grandes puissances multiplient les déclarations, les populations de l’Est de la République démocratique du Congo continuent d’être fauchées par des tueries quotidiennes, des bombardements indiscriminés et des déplacements forcés.Les propos tenus le 12 décembre 2025 par l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Mike Waltz, prennent ainsi une résonance particulière. Washington y accusait ouvertement le Rwanda de soutenir militairement le M23 et d’alimenter un conflit qui, sur le terrain, se traduit par des massacres de civils, des villages vidés de leurs habitants et une insécurité chronique. Des violences qui s’intensifient sur le terrain.

Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les témoignages concordent ; des civils sont tués lors d’attaques nocturnes, exécutés lors de représailles ou pris pour cibles lors d’affrontements entre groupes armés et forces régulières. Femmes, enfants et personnes âgées figurent parmi les principales victimes, souvent sans distinction. Les offensives et contre-offensives autour de zones stratégiques comme Goma, Rutshuru, Masisi, Bukavu ou Uvira ont provoqué une recrudescence des exactions. Les populations dénoncent des bombardements dans des zones habitées, l’usage d’armes lourdes à proximité des centres urbains et une prolifération d’armes sophistiquées qui accroît la létalité des combats.

Dans ce contexte, les accusations américaines sur l’introduction de missiles sol-air, de drones explosifs et d’artillerie lourde dans l’Est congolais trouvent un écho dramatique ; plus la guerre se technologise, plus le nombre de victimes civiles augmente. À Washington, les accords signés le 4 décembre dernier entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame avaient été présentés comme une avancée historique. Sur le terrain congolais, pourtant, la réalité est tout autre. Pour de nombreux habitants de l’Est, la paix reste un concept lointain, presque abstrait, face à l’urgence de survivre.

« On parle de paix à la télévision pendant qu’on enterre nos morts », confie un leader communautaire déplacé à Goma.

Cette fracture entre la diplomatie internationale et la souffrance quotidienne des populations nourrit un sentiment d’abandon et de méfiance à l’égard des processus de paix.

La MONUSCO déjà fragilisée, apparaît de plus en plus limitée dans sa capacité à protéger les civils. Le blocus imposé par le M23, les restrictions de mouvement et les perturbations des opérations aériennes dénoncées par les États-Unis réduisent l’impact de la mission onusienne, au moment même où les civils auraient le plus besoin de sa présence.

Sur le terrain, cette impuissance se traduit par des zones entières livrées aux groupes armés, sans protection effective, où les tueries peuvent se dérouler en toute impunité. En accusant publiquement Kigali de soutenir militairement le M23, Washington a posé un diagnostic politique clair. Mais pour les victimes congolaises, la question essentielle demeure ; quelles conséquences concrètes ? Sans pressions réelles, sans sanctions dissuasives et sans mécanismes efficaces de protection des civils, les déclarations risquent de rester sans effet. Or, chaque jour de statu quo se traduit par de nouvelles fosses communes, de nouveaux déplacés et une génération traumatisée.

L’Est de la RDC n’est pas seulement un dossier diplomatique ou un enjeu géopolitique régional. C’est aujourd’hui l’un des théâtres humanitaires les plus meurtris du continent africain. Tant que la communauté internationale n’agira pas avec la même fermeté que celle affichée dans les discours, les accords resteront fragiles et les civils continueront de mourir dans un silence assourdissant.

Rodrigue KASINDE

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