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RDC : négociations de Doha, dialogue national, Martin Fayulu questionne la cohérence du processus

La controverse autour du dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi révèle une difficulté centrale dans la recherche d’une issue à la crise politique et sécuritaire en République démocratique du Congo : comment construire un processus de paix réellement inclusif tout en excluant certains acteurs directement impliqués dans le conflit ?

L’interrogation soulevée par Martin Fayulu sur les négociations avec l’AFC/M23 à Doha mérite d’être examinée au-delà des clivages politiques. D’un côté, le pouvoir congolais affirme que les groupes armés ne peuvent participer au dialogue national tant qu’ils n’ont pas déposé les armes. De l’autre, des discussions sont engagées avec l’AFC/M23 dans un cadre extérieur au pays. Cette situation peut donner l’impression d’une différence de traitement entre le processus diplomatique et le processus politique interne. Toutefois, négocier avec un mouvement armé ne signifie pas nécessairement lui accorder une légitimité politique ou lui ouvrir automatiquement les portes d’un dialogue national. Dans de nombreux processus de paix, les acteurs armés peuvent être associés aux discussions portant sur la cessation des hostilités sans pour autant bénéficier immédiatement d’un statut politique. La véritable question est donc de savoir quel cadre, quelles garanties et quelles conditions doivent encadrer leur éventuelle participation. L’exigence d’un dialogue national inclusif défendue par Fayulu pose également la question de la représentativité du processus annoncé. Si les consultations provinciales doivent permettre de recueillir les préoccupations de la population, leur crédibilité dépendra de la manière dont ces contributions seront prises en compte au niveau national. Un dialogue qui aboutirait à des conclusions déjà déterminées risquerait de perdre une partie de sa portée politique.Mais l’inclusivité ne peut pas non plus signifier l’absence de règles. Dans un contexte marqué par les violences armées, la question de la responsabilité, du désarmement et du respect de l’intégrité territoriale de la RDC reste fondamentale. Toute formule de dialogue devra donc trouver un équilibre entre la nécessité de parler avec les protagonistes de la crise et l’obligation de ne pas transformer la violence armée en moyen automatique d’accès au pouvoir. La position de Martin Fayulu sur le refus d’un partage de pouvoir mérite également attention. Elle traduit une volonté de distinguer la recherche d’une solution politique de la distribution des institutions entre les différentes forces en présence. Pour l’opposition, la priorité devrait plutôt être la restauration de l’autorité de l’État, la réorganisation de l’armée et le retour de l’administration civile dans les zones affectées par le conflit.

Au fond, le débat dépasse la seule personne de Martin Fayulu ou la question de l’AFC/M23. Il concerne la crédibilité du futur processus politique. Pour être accepté, celui-ci devra être suffisamment inclusif pour entendre les différentes composantes de la société congolaise, suffisamment transparent pour éviter les soupçons d’arrangements politiques et suffisamment encadré pour empêcher que le dialogue ne devienne une récompense accordée à ceux qui prennent les armes. La contradiction apparente entre les discussions de Doha et l’exclusion annoncée des groupes armés du dialogue national constitue donc un véritable test pour le processus de paix. Kinshasa devra clarifier la distinction entre négociation sécuritaire, dialogue politique et éventuelle participation institutionnelle. C’est à cette condition que le processus pourra espérer obtenir une légitimité plus large et contribuer réellement à la réconciliation nationale.

Anaïs ANSIMA

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