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Fungurume : les femmes dénoncent leur exclusion de la gouvernance minière

À Fungurume, dans la province du Lualaba, les richesses du cuivre et du cobalt contrastent avec la faible participation des femmes aux décisions liées à la gestion des revenus miniers et au développement communautaire.

Un rapport d’enquête publié en juillet 2026 révèle que les femmes restent largement minoritaires dans les principales structures de gouvernance des minerais de transition, alors qu’elles figurent parmi les populations les plus exposées aux conséquences de l’exploitation minière. Menée du 13 au 23 juin 2026 auprès de 100 femmes et jeunes filles issues notamment des communautés locales, de l’administration publique, des organisations non gouvernementales et du secteur privé, l’enquête met en évidence une faible participation féminine aux mécanismes de prise de décision. Un groupe de discussion réunissant 30 femmes a également été organisé à Fungurume. Selon le rapport, les différentes structures locales de gouvernance comptent 15 femmes contre 69 hommes. Dans l’organisme chargé de la gestion de la dotation de 0,3 %, aucune femme ne serait représentée. Au sein du Comité local de développement, trois femmes seulement figurent parmi les 15 membres, tandis que le Comité local de suivi ne compte qu’une femme sur sept membres. La commission chargée de la délocalisation, composée de 37 membres, ne compte que quatre femmes. Le rapport souligne que les femmes présentes dans certains organes jouent rarement un rôle déterminant dans les décisions. Elles seraient davantage affectées à des fonctions techniques, notamment dans la gestion des tracteurs ou la distribution des intrants agricoles, sans être suffisamment associées à l’élaboration, à l’exécution et au suivi des projets communautaires. Cette faible représentation s’explique notamment par des barrières sociales et culturelles qui continuent de présenter le secteur minier comme un domaine réservé aux hommes. Le faible niveau de formation constitue également un obstacle. Sur les 15 femmes identifiées dans les organes de gouvernance étudiés, quatre seulement ont atteint le niveau universitaire, neuf le niveau secondaire et deux le niveau primaire. Les femmes interrogées dénoncent également les conséquences des activités minières, notamment la pollution de l’eau, de l’air et des terres, la baisse de la production agricole ainsi que la raréfaction du bois. Certaines déclarations recueillies dans le cadre de l’enquête font aussi état de problèmes sanitaires qu’elles associent à l’environnement minier. La question des délocalisations constitue une autre source de préoccupation. Selon le rapport, environ 2 400 familles seraient concernées par les opérations de délocalisation évoquées dans l’enquête. Les femmes y sont très faiblement représentées, avec seulement quatre femmes sur les 37 membres de la commission chargée de cette question.

Le rapport affirme par ailleurs que certaines familles déplacées auraient reçu des indemnisations jugées insuffisantes pour leur permettre de reconstruire leur vie dans de bonnes conditions. Des communautés de Mano Mapia accusent également la commission de délocalisation de ne pas avoir suffisamment respecté les textes en vigueur, ce qui aurait contribué à créer des tensions entre certaines communautés et Tenke Fungurume Mining (TFM). Des responsables locaux cités dans le rapport évoquent même une possible connivence entre certains membres de la commission et l’entreprise. Cette accusation doit toutefois être considérée comme une déclaration des personnes concernées et non comme un fait judiciairement établi. De son côté, TFM affirme que les indemnités et les barèmes appliqués ont été approuvés par la commission spéciale et prennent en compte les dispositions du Code minier, du Règlement minier ainsi que les prix du marché local. L’entreprise affirme également que les montants versés couvrent la valeur des biens, les pertes d’activités économiques et certaines allocations supplémentaires.Le rapport reconnaît l’existence d’investissements communautaires réalisés dans le cadre du cahier des charges et des mécanismes de revenus miniers. Il cite notamment des écoles, des centres de santé, des points d’eau, des infrastructures routières, un foyer social et d’autres équipements. Mais les femmes interrogées estiment que plusieurs infrastructures ne répondent pas suffisamment à leurs besoins. Sur 34 bornes-fontaines construites dans certains quartiers, seules sept seraient encore opérationnelles, les autres étant confrontées à des problèmes d’entretien et de suivi.

Face à cette situation, l’enquête appelle à une transformation de la gouvernance minière locale. Elle recommande notamment à l’Assemblée provinciale du Lualaba d’adopter un édit favorisant la participation des femmes, au gouvernement provincial d’imposer leur présence dans les organes de gouvernance et d’exiger des indemnisations et des relocalisations justes et équitables. La commune de Fungurume est également appelée à élaborer une politique locale sur le genre et à consulter davantage les femmes dans les projets financés par la redevance minière, le cahier des charges et la dotation de 0,3 %. Le rapport recommande enfin à TFM d’exécuter ses engagements conformément à la loi, d’améliorer la qualité des infrastructures communautaires et de garantir une indemnisation équitable aux femmes ayant cédé leurs terres agricoles à l’exploitation minière. La société civile et les partenaires techniques et financiers sont, quant à eux, invités à renforcer les capacités des femmes, à soutenir leur leadership et à favoriser leur accès à la formation et aux études supérieures. À Fungurume, le défi dépasse donc la seule question de la représentation des femmes dans les comités. Il concerne aussi leur droit à participer aux décisions qui touchent directement leur vie, leurs terres, leur santé et l’avenir de leurs familles. Pour les auteurs de l’enquête, la gouvernance des minerais de transition ne peut être véritablement inclusive tant que les femmes restent écartées des espaces où se décident les priorités du développement local.

Arielle Baraka

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